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Paolo Conte l'enchanteur

Par Christine Barbier

Paolo ConteNord Est Italien, Asti, Piémont, patrie du « Barbera », terre paysanne où dort un théâtre sculpté au centre d’une bourgade. Nord-est aux nuits plus hautes, bardées d’étoiles, valse de vent et de paille, voix du soleil et autres voix de cette campagne, autres abysses de lumière, et de terre et d’âme. Très imprégné de cette terre, marqué par les moments intenses de son enfance, Paolo Conte confie : « La campagne d’Asti est tellement belle : à la fois rigoureuse et riante, une touche de sauvage adoucie par l’ondulation des collines, riche d’une terre fertile. Ce sont des sensations divines ».

Piémontais de naissance et de vie, solitaire pudique, secret et volontiers mélancolique, Paolo a le cœur et l’esprit qui voyagent de l’Amérique du Sud à la New Orleans, de l’Espagne à Paris. Une saveur et un rêve d’évasion coloré partent de ces collines piémontaises, rythmé par une rumba ou un tango. Deux notes et on a déjà le refrain dans la peau, boogie et saxos poussés à fond, son corps à elle envoie des bouffées africaines, lui semble un crocodile... Orfèvre des mots quasi surréaliste, musicien poète exigeant et perfectionniste de la province du monde, ses chansons offrent une vision picturale, des instants saisis au vol, des ambiances redessinées non dénuées d’ironie indulgente et de dérision décapante.

Paolo Conte jazz man, auteur compositeur, chef d’orchestre, philosophe, énigmatique ou humoriste. Les photos, dessins, plaisanteries, citations, souvenirs du livre « Paolo Conte » d’Enrico de Angelis paru chez Giunti, enrichi de contributions multiples, amicales et laudatives, invite à mieux connaître ce musicien poète qui depuis des décennies s’exprime avec des disques et des concerts obstinément à part. Paolo lui, très loin des tentatives de déchiffrage s’y définit comme « Un équilibriste qui en concert de toute manière doit arriver au bout. Et si les applaudissements arrivent, c’est vraiment un applaudissement de cirque, de saltimbanque qui m’intéresse, plus que la recherche que quelqu’un aura fait, peut être bien, sur mes chansons ».

En concert, entouré de musiciens complices, Paolo nous invite à un merveilleux voyage, de ceux qui laissent une trace. Sa musique porte la mémoire d’un siècle et de toutes ses variétés musicales, l’atmosphère d’autres temps et d’autres lieux, et la richesse du ressenti, du vécu et de l’aimé. Paolo nous dit l’amour, l’existence, le jazz, l’homme en bicyclette, l’homme de l’après guerre, ses racines, ses parfums, sa campagne, avec la force des choses et des émotions, la fantaisie drapée parfois d’un voile de mélancolie, et l’élégance intemporelle de ceux qui sont beaux de l’intérieur.

Publié le jeudi, 22 mars 2012 à 17h31