La 194, "notre" droit à l'avortement
Par Samuel D.
Les dernières élections législatives ont été secouées par un débat qu’on aurait pu croire caduque : celui du droit à l’avortement. En effet, Giuliano Ferrara, ex membre du PCI (Parti Communiste Italien, qu’il a quitté en 1983) puis du PSI (Parti Socialiste Italien), homme provocateur, journaliste et directeur du quotidien « Il Foglio » dont l’une des propriétaires est Veronica Lario, femme de Silvio Berlusconi, était candidat à ces législatives d’une liste « Aborto ? No,grazie » (Avortement ? non, merci), proposant à l’Italie, de faire comme pour la peine de mort, un moratoire universel contre la légalisation de l'avortement.
Ferrara visait particulièrement la Legge 194, loi de 1978 légalisant l’avortement (la loi homologue fut adoptée en 1975 en France, là aussi après des débats houleux aux Parlements). Les meetings électoraux de Giuliano Ferrara ont tous été accompagnés de grands rassemblement des défenseurs de « la 194 ». Finalement la liste provocatrice n'a recueuilli qu'un faible 0,34% alors même qu'elle faisait partie de la grande coalition gagnante Popolo delle Libertà (PDL, coalition de Berlusconi qui s'est prononcé lui-même au cours des élections contre une révision de la loi 194).
Une fois n'est pas coutume le monarque de la Place Saint-Pierre fit de l'ingérence dénonçant il y a quelques jours le droit à l'avortement voté il y a 30 ans, comme « une (des) blessures infligées à la société ».
Au delà, des considérations religieuses et éthiques, il faut être sensible à un problème de santé publique (donc aussi économique). C'est pour quoi il faut défendre la légalisation de l'IVG, au moins pour 2 choses :
- une femme qui veut avorter le fera, dans n'importe quelle condition. Ainsi, dans les pays où l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) est pénalisée, les femmes n'avortent pas moins que dans les pays où elle est légale : interdire l'IVG n'a jamais fait baisser le taux d'avortement. Et quoiqu'on dise l'avortement a toujours existé de l'Egypte ancienne à notre époque.
- Interdire l'IVG fait augmenter de manière dramatique le taux de décès des suites d'un avortement clandestins, les chiffres parlent d'eux même et constituent selon moi un argument « massu » : où l'IVG est illégale, le taux de mortalité est en moyenne de 330 pour 100.000 avortements, en revanche où l'IVG est légale celui-ci se situe entre 0,2 et 1,2 pour 100.000 avortements.
De plus, ce que chacun pense du statut de l'embryon, du commencement de la vie humaine ou de l'existence de l'âme ne devrait même pas avoir une place dans ce débat et ne devrait relever que de convictions intimes n'ayant strictement rien à voir avec la législation. Si on veut moins d'avortement, cela ne passe donc pas par son interdiction mais par d'autres mesures qui sont bien des mesures sociales ou de santé publique.




Réactions :
Bonjour,
Puis-je me permettre de répondre brièvement ?
1. "une femme qui veut avorter le fera, dans n'importe quelle condition", dites-vous. Faux. Deux exemples : en France, la légalisation de l'avortement a fait passé le nombre d'avortements de la fourchette 50 000 - 80 000 à 250 000 en 1976 (source Ined). Deuxième exemple : celui de la Croatie. Alors que l'avortement est resté légal, le nombre d'avortement a diminué de plus de 85% entre 1989 et 2005. L'avortement n'est pas une fatalité, et je ne comprend pas pourquoi vous critiquez Berlusconi de vouloir "d'éradiquer les raisons matérielles de l'avortement", sans l'interdire (citation tirée du Monde), cf. la fin de votre article.
2. "le commencement de la vie ne devrait pas avoir de place". Je sais que cette partie gêne beaucoup les partisans de l'avortement, simplement parce qu'ils n'ont aucune réponse. Il DOIT y avoir débat sur ce sujet, parce que s'il y a vie, il y a homicide. C'est bien l'une des clés du problème.
Quelques questions pour faire réfléchir :
- Que pensez-vous des pressions que subissent les femmes pour aller avorter, de la part des hommes, en particulier le chantage à la rupture : "moi ou lui" ?
- Que pensez-vous du délai légal anglais (24 semaines) : des bébés survivent pendant quelques heures à la suite d'avortements, avant de mourir seuls ?
- Que pensez-vous de l'avortement sélectif qui élimine consciencieusement les femmes en Asie?
- ...
1) Vous dites qu' "en France, la légalisation de l'avortement a fait passé le nombre d'avortements de la fourchette 50 000 - 80 000 à 250 000 en 1976"
Mais justement comme il s'agissait d'avortements clandestins les chiffres n'ont rien d'officiel et en plus il est possible que beaucoup de femmes allaient à l'étranger pour avorter.
3) votre argument ne me convaincs guère. Ce n'est pas parce que il y a des abus que la lois est mauvaise. Vous citez la Chine mais on parle là de l'Italie. Il n'existe pas de pression pour avorter en Italie bien au contraire il y a beaucoup de pressions culturelles, religieuses, médicales... pour pousser les femmes à ne pas avorter. Sans compter les (trop nombreux) médecins qui sont objecteurs de conscience dans les hopitaux publics pour après devenir pro avortement dans leurs cliniques privées.
Léopold, vous êtes bien le seul à parler de la Chine ? Quand on lit un texte, il ne faut pas voir les mots que l'on désire y trouver...
Il est vrai que M. ou Mme dotcom ne parlais pas de Chine. Mais lorsqu'il/elle dit : "Que pensez-vous de l'avortement sélectif qui élimine consciencieusement les femmes en Asie?" j'ai pensé tout de suite à la Chine car c'est le pays où ce phénomène est le plus répandu mais, je l'admets, il n'est pas le seul en Inde aussi c'est malheureusement assez courant.
Excusez-moi Léopold, j'avais oublié le commentaire de M ou Mme "Dotcom"...
donc on est d'accord !