Dans les petits plats des grands

Thomas Jefferson, importateur de Pasta

Par Valérie Quezada De Talavera

Thomas JeffersonChic ! Aujourd’hui c’est « maccheroni »

Qui a mis un plat de nouilles au menu officiel de la Maison Blanche en 1802 ? Thomas Jefferson, c’est à lui que la cuisine italienne doit d’avoir été mise à l’honneur à Washington.

L’hôte de cette journée prestigieuse est le troisième président des États-Unis depuis 1801 et le principal auteur de la déclaration d’indépendance des États-Unis. Ce fin lettré, ex étudiant en architecture, mordu de science, expert en viticulture, est en plus passionné de gastronomie. Vous voilà servis par un véritable esprit des Lumières.

En 1784, Thomas Jefferson alors ministre plénipotentiaire des États-Unis en France, est chargé de la négociation des traités commerciaux à la cour de Louis XVI. Ce poste fait de lui à la fois un diplomate et un homme de commerce à l’affût du meilleur des productions locales pour améliorer l’offre de son jeune pays qui a tout à apprendre du vieux continent.

En 1787, il entreprend un tour gastronomique européen aux allures d’espionnage industriel.
Son périple le voit passer de Turin à Gênes et dans un épisode à dos de mulet, notre homme arrive aux rizières du Piémont pour remplir ses poches des précieux grains dans la plus parfaite illégalité – ce forfait était alors passible de peine de mort ! – avec l’espoir de les faire germer en Virginie. En effet le riz de Caroline jugé trop cher ne fait pas recette en France.
Presse à pâtesPuis il tombe sur une presse à « maccheroni ». Des pâtes il en a mangé certes, y compris à Paris où une semi industrialisation existe déjà sur le modèle italien. C’est un aliment complet et extrêmement économique : Jefferson décide de noter immédiatement sa trouvaille. Des carnets parvenus jusqu’à nous contiennent le croquis de cette presse à pâtes, explication technique à l’appui.

Les vacances finies, Thomas Jefferson doit bientôt rentrer et s’imagine couler des jours tranquilles à Monticello, son somptueux domaine construit à la manière de l’architecte italien Palladio.
L’histoire en décide différemment, le gouvernement de Washington l’attend. Mais avant de partir, sa passion gourmande le pousse à mandater William Short, son fidèle secrétaire, pour terminer son travail d’enquête en Italie. La fabrication du parmesan, la culture du raisin, l’élaboration du vin, un traité de la culture de la soie, doivent livrer leurs secrets à W. Short qui est également chargé d’obtenir une véritable presse à « macaroni » terme alors générique pour désigner les pâtes.

Mission accomplie, William Short expédie bien l’engin à Paris, miniaturisé, car les napolitains ont mis au point une véritable machine industrielle, mais manque de chance le colis rate de peu son destinataire qui fait voile à l’automne 1789 vers les États-Unis.
Jefferson finira quand même par le recevoir, et découvrira ô déception, une machine inutilisable, reléguée au placard, pour finalement en construire une de toutes pièces.
Le virus de la « pasta a casa » était pris, il en fut même cuisinée au sucre et à l’eau de rose !

Aujourd’hui, vous trouverez sur toute les tables familiales américaines une recette au fromage devenue nationale, les « Tom Jefferson’s Mac & Cheese »
Souriez, vous êtes à la table du Président.

Publié le samedi, 15 mai 2010 à 09h58