Culture

Pollenzo et l'Università del Gusto

Par Francesca Melle

Pollenzo, Università del GustoAu milieu d’un territoire, la province de Cuneo, très riche en ressources naturelles et œnogastronomiques, l’ancienne Pollentia voit de nos jours une reprise de son importance et de ses activités.

L’âge romain et médiéval.
Actuellement hameau de la commune de Bra, la ville fut fondée par les Romains vers la fin du IIe siècle ap. J.-C., dans le val du fleuve Tanaro et à la convergence d’importantes routes. De célèbres batailles y eurent lieu, comme celle de 402, qui vit les Romains commandés par Stilicon s’opposer victorieusement aux Wisighots d’Alaric.
Pendant le Moyen Âge, Pollenzo vécut plusieurs vicissitudes liées aux querelles entre Alba et Bra, et fut conquise aussi par Asti et le Duché de Milan. Jusqu’à ce que la ville entre dans les domaines des ducs de Savoie en 1762. C’est pendant le XIXe siècle que la restauration de l’ancien château voit le jour, à côté des premières campagnes de fouilles pour y retrouver les vestiges romains oubliés depuis longtemps. De l’ancien amphithéâtre ne reste aujourd’hui que l’ellipse des immeubles bâtis à sa place (comme l’on peut voir aussi Place de l’Amphithéâtre à Lucques). Dans le parc royal on a trouvé les restes du théâtre et d’un temple, ainsi qu’un autre monument, dont la fonction est encore inconnue, au carrefour avec les routes pour Alba, Bra et S. Vittoria d’Alba. La majorité de la ville romaine s’étendait sous l’actuel domaine du château, et n’est donc pas visible. De nombreuses pièces archéologiques provenant de Pollentia sont aujourd’hui abritées par le Musée d’Histoire, Art et Archéologie de la Ville de Bra.

Des transformations de la maison de Savoie aux innovations récentes.
Pour le roi d’Italie Charles-Albert, le domaine du château de Pollenzo représentait une œuvre imposante à réaliser : le projet prévoyait la construction de nombreuses fermes, d’une tour donnant sur la place de l’église et du grand bâtiment dit de l’Agenzia. Cette dernière est la partie la plus importante du complexe, conçue pour devenir un centre agricole à l’avant-garde pour l’époque. En 1997 le site entier a été inscrit au patrimoine de l’humanité de l’UNESCO.
Et c’est justement l’Agenzia qui a été choisie, après une restauration terminée en 2004, comme siège de la première “Università degli Studi di Scienze Gastronomiche” au monde.
Le territoire est d’ailleurs l’un des centres de la gastronomie et de la vinification italiennes : Alba et ses truffes, Bra et sa foire internationale du fromage (appelée Cheese), les célèbres vignobles répandus un peu partout et d’autres réalités diffusées dans les collines des Langhe et du Roero, ont certainement inspiré les fondateurs de cette université qui a commencé à fonctionner au début de l’année académique 2004-2005.
La position de Pollenzo, stratégique déjà pendant l’antiquité, retrouve son point fort de nos jours : située entre les collines et la plaine, elle est à la croisée des diverses traditions gastronomiques de la partie sud du Piémont. Ici on a vu, depuis les années 60, la naissance et la croissance d’une réalité économique et touristique fondamentale pour la région : l’excellence des produits a commencé à être reconnue aussi au niveau international, ayant pour conséquence un envol des exportations et une forte augmentation de la richesse et du bien-être de la population. De même le tourisme connaît sa saison la plus intense, surtout en ce qui concerne les visiteurs étrangers, qui achètent les vieilles maisons de campagne en les transformant en villas et en y établissant leur résidence. Un phénomène qui rappelle un peu ce qui s’est passé dans ce qu’on appelle le “Chiantishire” toscan.
L’offre de manifestations œnogastronomiques va de pair avec ce développement de séjours “agrotouristiques” : à côté dudit Cheese à Bra et de la Foire Internationale de la Truffe Blanche d’Alba, on peut citer la foire du bœuf de Carrù et Vinum Alba.
Si l’on voulait implanter une université dans ce territoire, il était vraiment totalement naturel qu’elle soit liée à l’art culinaire.

La Faculté et son offre.
Le projet naît à la fin des années 90 grâce au mouvement Slow Food de Carlo Petrini et à son ”Agenzia di Pollenzo”, association installée à Bra qui a promu les travaux de récupération du site. Une société par actions dérivée de l’association, comptant aujourd’hui 300 membres environ, publiques et privés, a ramassé les capitaux nécessaires à la mise en œuvre.
Le 4 octobre 2004 marque le début officiel des cours de la nouvelle Faculté de Sciences Gastronomiques. Les Régions du Piémont et d' Émilie-Romagne sont aussi partenaires du projet : c’est justement dans le Palais Ducal de Colorno (dans la province de Parme), ancienne résidence de Marie-Louise d’Autriche, veuve de Napoléon, qu’on a implanté le second siège de la faculté.
Dans son complexe, l’ ”université du goût” se propose comme un laboratoire où étudier et expérimenter les nouvelles notions de qualité alimentaire promues par Slow Food, dont la philosophie tient compte du développement durable. On prête donc une attention particulière à l’impact des processus de production et de distribution sur l’environnement, les sociétés humaines et l’économie. La recherche dans le domaine agricole y joue un grand rôle : parmi les points centraux il y a le maintien de la biodiversité. Les figures professionnelles sortant de ce cours d’études sont aussi des experts en communication, en mesure de diffuser auprès du grand public les principes de l’ œnogastronomie de qualité.
Aujourd’hui les étudiants et les diplômés de la faculté sont près de 600, répartis entre les deux sièges, dont la structure est celle du campus. À la disposition des inscrits, cantine, bibliothèque, connexion wi-fi, fourniture de livres et logements sur Bra : le tout compris dans le droit annuel d’inscription.
L’Agenzia abrite également un restaurant, un hôtel de luxe et une autre importante institution, la Banque du Vin : à la fois musée, lieu de dégustation et service de vente, avec un patrimoine de plus de 100 000 bouteilles en provenance de toute l’Italie.

Publié le lundi, 22 février 2010 à 15h16