Culture

Foire italienne et presse française

Par Stefano Palombari

fiera-libro112.jpgUn certain nombre d’intellectuels italiens ont lancé une pétition pour boycotter la prochaine Foire du livre de Turin qui, tout comme le salon du livre de Paris, accueillera l'Etat d'Israël comme invité d’honneur.
A ce sujet, l'écrivain Marek Halter, consacre un article dans le Monde du 15 février, intitulé Au secours, on brûle les livres !
En règle générale, j'ai toujours apprécié les articles des écrivains dans la presse car ils ont le don d'aller plus en profondeur que les journalistes. Mais après avoir lu le texte de Marek Halter, je ne sais plus quoi penser. Mais que nous dit l'écrivain dans son article au titre évocateur des pires intolérances ?

La première phrase donne le la : « Boycotter ou pas la littérature israélienne, voilà la question qui secoue l'intelligentsia italienne. » Il suffit de feuilleter un peu la presse italienne, même de façon très superficielle, pour comprendre qu’il ne s’agit nullement de ça. La question est : « Boycotter ou pas un salon dont l’invité d’honneur est l’Etat d’Israël ». La littérature n’est guère en cause. Les signataires de la pétition n’arrêtent pas de le souligner, c’est contre le détournement politique d’un évènement littéraire qu’ils se battent et pas du tout contre « la littérature israélienne ». Un écrivain devrait pouvoir saisir la différence. Un autre point fondamental que Marek Halter oublie de rappeler est que, initialement, l’invité d’honneur de la prochaine édition de la foire était l’Egypte. Puis, soudainement, suite aux pressions de l’Etat d’Israël (et pas de la littérature), les Egyptiens ont été congédiés avec une excuse minable et les Israéliens ont pris leur place.

Mais poursuivons dans la citation de ce monument du journalisme : « Quand un groupe communiste de Turin autour du philosophe Gianni Vattimo et de Valentino Parlato, le père fondateur du journal Il Manifesto, a lancé une pétition pour le boycott des écrivains israéliens. »
Groupe communiste de Turin autour du philosophe Gianni Vattimo, qui est un peu le BHL transalpin ? Appeler Vattimo communiste ! même Berlusconi n’aurait pas osé autant. Lorsque l’ancien parti communiste a changé de nom, Vattimo était parmi ceux qui s’étaient exprimés pour que le nouveau parti n’ait plus aucune référence au communisme ni même au socialisme.
Quant à Valentino Parlato qui, en effet, se reconnaît dans l’idée socialiste, il s’est expressément déclaré contre le boycott. J’aimerais bien savoir quelles sont les sources de Monsieur Halter !

Sinon, pour le reste, le ton de l’article est franchement exagéré. Mélanger cette prise de position politique, que l’on peut partager ou pas mais qui s’inscrit dans le jeu de la démocratie, avec la liste noire de professeurs juifs composée par des étudiants négationnistes, qui est un acte criminel n’est pas digne d’un écrivain. Pour ne pas parler du rappel totalement déplacé de la Nuit de cristal et de l’interview du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad.

Publié le samedi, 16 février 2008 à 15h28