Le Modèle italien
Ces derniers temps on entend de plus en plus souvent une partie du PS faire référence à l’expérience italienne. De quoi s’agit-il ? Tout simplement de dépasser les anciennes frontières politiques pour réaliser des accords de coalition plus larges. Au nom de l’expérience italienne Ségolène Royal, Julien Dray et d’autres poussent pour que le PS trouve un accord avec le centre pour gouverner. Mais est-ce qu’en Italie ce système marche bien ? Est-ce un système qui permet de bien gouverner ?
Il suffit de lire un peu les journaux italiens pour comprendre qu’au-delà des Alpes cette coalition est perçue de façon bien différente. Le parcours du gouvernement italien s’apparente plus à un chemin de croix qu’à une promenade via Veneto. Pas facile de composer, de trouver des synthèses avec des coalitions très larges. Et le gouvernement donne l’impression, et ce n’est pas qu’une impression, d’être totalement bloqué. Dès qu’un ministre d’un des partis au pouvoir propose des mesures, des voix agacées et menaçantes se lèvent de l’autre côté.
Tout récemment il y a eu deux accrochages assez violents qui ont fait trembler le gouvernement de M. Prodi. Le premier sur le DICO, le pacs à l’italienne, qui devait donner un statut légal aux couples non mariés qui à l’état actuel n’ont aucun droit (héritage, attribution d’appartement…). Le deuxième sur la reconnaissance, au niveau européen, du délit d’homophobie. Là aussi, le centre de la coalition a pointé des pieds. La sénatrice Paola Binetti, qui mériterait un article à elle toute seule, est la figure emblématique de cette résistance d’une certaine partie de la classe politique italienne à l’expansion des droits civils. Elle fait partie du Teodem, un groupuscule intégriste catholique à l’intérieur du centre-gauche, réfractaire à tout changement. Et pourtant les deux lois, dont la première était même dans le programme électoral de M. Prodi, ne sont pas subversives. Loin de là. Il ne s’agit pas là, d’ôter les crucifix des écoles publiques ou des tribunaux. Dans ce cas la Binetti aurait carrément organisé une énième croisade. Elle a même déclaré que l’homosexualité était une déviance.
Cette divergence de positions à l’intérieur de la majorité crée aussi des situations carrément paradoxales lorsqu’on assiste à des manifestations où des membres du gouvernement s’affichent à côté de manifestants contre le gouvernement.
Ce genre de coalition apparaît plus en opposition à quelque chose, Berlusconi en Italie, Sarkozy en France, qu’un instrument pour bien gouverner. Le risque est que, une fois gagnées les élections, la majorité donne une si piètre image d’elle-même qu’à partir de la législation suivante s’entamera une longue période de pouvoir de la droite.




Réactions :
il y a eu deux accrochages assez violents qui ont fait trembler le gouvernement de M. Prodi
J'aurais citer aussi :
La finanziara qui a détruit le financement des institutions publiques.
Et l'envoie de renfort en Afghanistan.
Des "accrochages" à mon sens bien plus important sur le fonds que ceux citer dans l'article.
Vous avez parfaitement raison, Lyze, il y a eu d'autres "accrochages", comme ceux que vous rappelez et peut-être même plus graves encore.
Les deux cas que vous citez, et la loi de finance et le financement de la mission italienne en Afghanistan, ont été tous les deux votés et approuvés. On peut ne pas être d'accord mais ça c'est une autre question. En tout cas, les lois n'ont pas été bloquées. Dans le cas du DICO, par exemple, qui était pourtant dans le programme de Prodi, la lois n'a même pas été présentée au parlement et tout ça pour ne pas froisser une partie de la majorité.
C'est vrai que l'on pourrait conclure que, à l'intérieur de la coalition de M. Prodi, les forces politiques ne sont pas toutes égales, il y en a qui sont "plus égales que les autres". Les lois chères à une aile de la majorité doivent être votées en se bouchant le nez et celles chères à l'autre extrémité n'ont aucune chance de voir le jour.
je trouve que le titre est plein d'ironie ...
si l'talie devient en plus un "modèle" pour les jeux politiques on n'est pas sortis de l'auberge!!!
Ce qui me fais sourire dans tout cela est que il y a une dizaine d'années on réformait les lois éléctorales en italie pour pouvoir un modèle "bipolaire" , avec deux gros partis. Parce que, on disait, cest mieux.
Maintenant , après dix ans, on s'est rendus compte qu'il ne sera jamais possible d'avoir deux partis... et que le système actuel "fige" trop les alliances possibles... alors n envisage la marche arrière...
Le PS, comme les partis italiens, espèrent trouver dans une pirouette institutionnelle la solution à son problème de manque d'idées, de vieillissement de ses apparatchick et j'en passe. Tout comme en Italie on accuse lois éléctrales, formes de gouvernement et que sais-je encore, la république(!) du désenchantement des italiens face à la politique.
L'inconsistence des hommes politiques , elle, n'est jamais citée...
Hier, s'est joué le dernier acte de cette étrange coalition. Prodi a démissionné et le spectre des élections et donc du retour de Silvio Berlusconi est en train de devenir réalité. La crise a été provoquée par Clemente Mastella, un drôle de personnage, avec une idée toute personnelle de la politique. À commencer par son Parti-famille, les scandales dans lesquels il était impliqué, ses excentricités... mais aucun programme politique sinon celui d'occuper un fauteuil important, celui de ministre de la justice (sic!), d'exploiter sa position pour obtenir des faveurs et des postes pour ses amis et de se montrer très pieu. Si c'est avec ce genre de personnages que la gauche française songe à gouverner au nom de l'ouverture, il faut faire très attention car on les achète facilement.
Comme dit bien eos ( ;-) ) accuser les institutions , les règles, "les partis" .. c'est une façon d'excuser les hommes (politiques) qui sont les premiers responsables de la situation.
Il n'y a pas besoin de souligner combien les ressemblences entre le PS et les naissant PD sont troublantes. La volonté affichée de passer à une ère nouvelle se heurte aux manigances de vieux éléphants établis. L'espoir porté par les militants et sympathisants de base pour voir finalement une démocratie de "terrain" se casse les dents contre les actes d'allégeance des uns et des autres, et avec une logique de vieux parti dont on a du mal à se défaire.
La situation est trouble, mais ce qui me trouble le plus c'est l'idée de livrer une fois de plus mon pays à des 'hommes ( et je dis bien hommes et non partis) qui lui ont déjà fait trop de mal, en contribuant avec leurs actes, leur mots, leur comportement, à justifier et développer l'individualisme dans le plus mauvais sens qu'il soit, celui de l'égoisme, de la supercherie, de mépris de tout pouvoir constitué.
Fâce à ce trouble , je ne peux que faire le choix du pragmatisme et soutenir le PD naissant, car il n'y a pas d'alternative FAISABLE, aujourd'hui, à près de deux mois des éléctions. Avec l'espoir qu'il ne soit pas une girouette de plus
toujours interessan tes billets :) "autres poussent pour que le ps trouve un accord avec le centre pour gouverner" : ca m'a quelqude peu fait sourire :) bonne ontinuation !