Culture

Déclin culturel ?

Par Stefano Palombari

le declin culturel italienDans un article paru récemment dans le quotidien La Repubblica, le journaliste Francesco Merlo peint une Italie en pleine déchéance culturelle, et pas seulement culturelle. D’après lui, l’état du pays n’a jamais été aussi critique, dans tous les secteurs : l’école, la littérature, la musique (la chanson italienne « n’a jamais été aussi niaise »), le cinéma (« dans un état déplorable »). Et les perspectives ne sont pas rassurantes. Vu le piètre état et l’absence de tout signe de reprise, 2008 ne peut être que pire que 2007. Ipse dixit.

Comme pour un spectacle de théâtre, le point d’observation privilégié n’est pas forcément celui de l’acteur. Pour évaluer une situation politique, culturelle, sociale… ce n’est pas à l’intérieur, sur la scène, mais bien en galerie, et parfois même dans le poulailler, que l’on a une vision d’ensemble qui permet de juger avec plus d’objectivité. La perception que nous avons ici en France de l’état de la culture italienne n’est pas la même que celle de M. Merlo.

C’est vrai que cela fait des années que l’on parle de cet objet chimérique qui est le nouveau cinéma italien. Mais ici en France on peut compter sur trois festivals du cinéma italien. Deux, disons, historiques, en province, Annecy et Villerupt et un à Paris, inauguré en 2007 à l’espace Pierre Cardin. Sans compter des films italiens récents qui sont des réussites tout à fait considérables : Respiro, Nos meilleures années, et cette année Mon frère est fils unique le film de Daniele Luchetti a été un succès de public (il est resté presque 4 mois dans les salles). Respiro est un vrai symbole de cette situation, sorti en Italie une première fois et totalement ignoré, il est re-sorti et il a été remarqué presque un an plus tard après le succès français. Nemo profeta in patria, comme on dit.

Depuis quelques années, le théâtre italien est très présent en France et pas seulement les « classiques » Pirandello, Goldoni et Dario Fo mais aussi des jeunes auteurs comme Emma Dante et Fausto Paravidino. Là aussi il faudrait peut-être un peu plus de courage et d’ouverture de la part des théâtres italiens pour promouvoir les nouveaux auteurs sans se limiter toujours aux classiques.

Dans le domaine de l’édition, je ne connais pas les chiffres mais j’ai l’impression, c’est une simple impression, qu’il n’y a jamais eu autant d’auteurs italiens publiés en France. En outre, le premier week-end de février 2008 se tiendra à Paris la première fête du livre italien qui s’annonce déjà un succès (nous serons présents et annoncerons bientôt le programme).
Loin de moi l’idée que tout va bien. Mais il serait plus sage de relativiser. Surtout qu’en France ainsi que dans de nombreux autres pays la situation ne pousse pas à l’enthousiasme.
Mais c’est aussi au niveau des responsabilités que, peut-être, la proximité des analystes à l’objet étudié montre encore plus ses limites. M. Merlo ne nous aide pas beaucoup sur ce terrain. Qui est le responsable de l’état de la littérature ? Les lecteurs qui ne lisent plus ? Admettons. Mais le fait que les Italiens, un peu comme les Français, lisent de moins en moins, ne peut-on pas l’imputer aussi aux maisons d’édition et à leur politique ? Je crois que les éditeurs italiens ont une lourde responsabilité. Leur politique éditoriale est l’emblème de la méfiance qu’ils ont à l’égard des nouveaux auteurs italiens. La publication de livres en Italie suit un parcours qui est exactement le contraire par rapport à celle de la plupart des éditeurs français. Une fois les Alpes franchies, l’exception culturelle se transforme d’atout en handicap. Les éditeurs italiens préfèrent publier des livres étrangers plutôt que des auteurs italiens. L’absence de comité de lecture empêche toute découverte de nouveaux talents. Un jeune auteur italien arrive à être publié uniquement avec la médiation d’un écrivain connu. Donc, un jeune écrivain talentueux sans connaissances n’a aucune chance de voir son manuscrit publié. Mais, soyons clairs, ils ne sont pas les seuls responsables.

Il faudrait peut-être que les journalistes italiens aient le courage de désigner des responsables d’une crise et ne pas se limiter à dire que tout va mal. Les jérémiades n’ont jamais contribué à changer les choses.

Publié le mardi, 1 janvier 2008 à 09h30